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Erin Brockovich ou l’art d’être droite dans ses talons hauts

rédigé par Marie Ponchel 23 juin 2016 0 commentaire

Crédits photo : © Universal Pictures

À première vue Erin Brockovich a tout de la godiche en talons hauts plus préoccupée par la tenue de son brushing que par les problèmes de la planète. Et pourtant. Sorti il y a dix ans et inspiré d’une histoire vraie, Erin Brockovich, seule contre tous raconte l’histoire d’une self-made (pretty) woman qui a donné un bon coup de pied dans la fourmilière d’une affaire de contamination qui a secoué l’Amérique au début des années 1990. Retour sur son personnage joué par une Julia Roberts décadente devant la caméra de Steven Soderbergh.

Embauchée sans CV

Le générique est à peine terminé que l’on découvre une jeune femme célibataire deux fois divorcé, en charge de trois enfants, qui croule sous les factures et qui vient tout juste de se faire briser la nuque dans un accident de voiture. Sa bonne étoile s’est comme qui dirait bien planquée ce jour-là puisqu’en plus de porter une minerve, son avocat perd le procès contre l’assurance du chauffard qui l’a percutée. On est donc loin d’un Alice au pays des merveilles californien, mais plutôt face à une fille de la campagne jouant à saute-moutons avec les obstacles de la vie.

Erin Brockovich

© Universal Pictures

C’est chez cet avocat – qui lui en doit bien une – qu’elle va venir frapper pour décrocher un emploi. Sans formation ni expériences significatives, Erin décide d’y aller au culot et se fait finalement engager comme simple assistante juridique, récupérant les dossiers que personne ne veut traiter. Jusqu’à ce dossier douteux qu’elle va étudier jour et nuit – en dépit de sa vie de famille brinquebalante – pour en détricoter les ficelles. Des ficelles tenues par une société de distribution d’énergie, la Pacific Gas an Electric Company (PG&E), géant du gaz et de l’électricité approvisionnant toute la Californie, qui s’emploie à racheter les maisons de victimes gravement malades ayant été en contact avec de l’eau polluée par du chrome hexavalent.

Une lanceuse d’alerte en mini-jupe

Ancienne Miss Pacific devenue une militante environnementale respectée, Erin Brockovich est à l’origine ce que l’on appelle une lanceuse d’alerte, autrement dit une anonyme qui a tiré la sonnette d’alarme au moment où il y avait une faille dans le système. Méprisée par ses collègues du cabinet d’avocat où elle travaille car habillée vulgairement, ses décolletés plongeants et ses mini-jupes au-dessus du genou lui taillent rapidement une réputation d’amatrice, de femme sophistiquée incapable de mener à bien le moindre dossier.

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© Universal Pictures

Mais l’histoire va s’écrire tout autrement. Avec sa ténacité sans faille et sa verve épique, la pseudo avocate va en boucher un coin à bien des gens. L’avocat pour qui elle travaille en premier. Lui qui l’avait engagée sous la contrainte (et la menace disons-le), se retrouve à ne plus pouvoir se passer de ses services, elle qui a donné un coup de pied dans la fourmilière et qui ne lâchera pas l’affaire tant que les victimes d’Hinkley ne seront pas indemnisées. Fait qui se produira en 1993 au cours d’un procès qui secoua la PG&E, alors condamnée à verser 333 millions de dollars aux victimes.

Gratter le vernis de l’apparence

Ce qu’il y a de passionnant dans ce biopic engagé, au-delà de l’ascension sociale d’une fermière qui n’avait aucune carte en main à sa naissance, c’est l’accent mis sur l’apparence provocante de Julia Roberts, parfaite dans le rôle avec son allure de pretty woman cheap, son sourire à mille dents et son insolence assumée (mention très bien à ses répliques mordantes adressées à ses supérieures !).

– Je crois que l’on est parti du mauvais pied.

– Oui, c’est tout ce que vous avez : des mauvais pieds et des godasses à chier.

Steven Soderbergh a intelligemment choisi d’angler son film sur la personnalité haute en couleur de son Erin à lui, sa silhouette avantageuse et son aura de femme fatale. En surlignant l’apparence provocante de celle-ci, il balaye d’une traite les clichés collant à la peau des femmes prenant soin d’elle. Ne dit-on pas que l’habit ne fait pas le moine ?

Finalement, Erin Brockovich fait partie de ces femmes à la fois extra et ordinaire qui nous prouvent que rien n’est joué d’avance et qu’à force de travail et de persévérance on finit toujours par trouver sa place dans la société, place qui aide à booster sa confiance en soi et ça on en a bien besoin, pas vrai ! Aujourd’hui Erin Brockovich a fait des scandales environnementaux son cheval de bataille, travaillant sur de nombreux cas de contamination de l’environnement. Pour les plus curieux je vous conseille l’excellent numéro de Cash Investigation qui raconte la petite histoire derrière la grande.

Crédits photos : © Universal Pictures / Erin Brockovich, seule contre tous

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