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My Boobs Buddy : un e-shop engagé et décomplexé

rédigé par La rédac 6 mai 2016 0 commentaire
Image Boobs Buddy
Crédits photo : Image Boobs Buddy

Voilà maintenant trois ans que Thomas et Elsa Bossé se sont lancés dans la grande aventure de l’entreprenariat. Avec leur e-shop My Boobs Buddy le couple tend à sensibiliser à l’auto-palpation par le biais de l’humour. Marque 100% bio et investie dans la lutte contre le cancer du sein, lorsque vous portez leurs créations décalées, vous vous engagez dans ce combat qui touche aujourd’hui 1 femme sur 8. Rencontre à L’Embellie, une boutique où l’on vient renouer avec sa féminité pendant et après un cancer.

Photo My Boobs Buddy

© Isabelle Ratane

Got Dame Rights : Thomas, tu avais seulement 18 ans lorsque tu as contracté la maladie de Hodgkin, un cancer qui touche le système lymphatique. A cette époque avais-tu déjà été confronté à ce « vilain crabe » comme tu l’appelles, de près ou de loin ? Connaissais-tu cette maladie ?

Thomas Bossé : Je la connaissais oui, de nom, parce qu’on en entend beaucoup parler, mais c’est vrai qu’à 18 ans c’était quand même très loin d’être quelque chose qui me préoccupait. À cet âge donc, j’ai été diagnostiqué avec la maladie de Hodgkin, stade 4 à 18 ans, cela faisait déjà deux ans que je souffrais de ce cancer mais sans me dire une seconde que ça pouvait être ça. J’ai rencontré beaucoup de médécins généralistes qui m’ont diagnostiqué, pour la plupart, du stress… Donc voilà, c’était un petit peu loin de la réalité ! Le corps médical lui-même a parfois du mal à comprendre qu’un cancer peut toucher des personnes jeunes, voire très jeunes. Il n’y a pas beaucoup de cancers dans ma famille, ce n’était pas quelque chose de répandu donc non, je n’avais jamais été confronté à ça.

WL : A cet âge-là, quel type d’homme rêvais-tu d’être ? Quels étaient tes projets, tes plans de carrière ?

Mon projet à cette époque-là c’était d’ouvrir un bar à Barcelone (rires) ! Rien à voir avec ça donc, mais ça s’inscrivait déjà dans l’ambition de créer quelque chose, une entreprise. Cependant, je n’avais pas de grosse vision à long terme de la personne que je voulais être à 18 ans, c’était plus faire la fête qu’autre chose (rires) !

WL : La vie a ensuite repri son cours, tu as fait des études dans la publicité…

J’ai créé une agence de communication participative sur internet, My Com Buddy, qui mettait en lien des étudiants et des professionnels pour répondre à des briefs divers et variés. C’est donc ce que j’ai fait lors de la dernière année à Sup de Pub et un an après j’ai décidé d’arrêter cette aventure parce que ce n’était pas exactement ce que je voulais faire, je ne m’y retrouvais pas vraiment.

WL : Est-ce que tu gardais à ce moment-là, dans un coin de ta tête, l’idée de lutter à ta manière contre le cancer ?

Oui, c’était surtout ça. C’était une période où ça faisait 5 ans que j’étais en rémission et donc la cinquième année on se dit « c’est reparti » , on a autant de chance que tout le monde d’avoir un cancer mais on est guéri de la maladie. C’est vrai que pour moi c’était un petit peu l’étape qui a fait que je me suis permis de faire ce que j’avais en tête depuis pas mal de temps : lutter contre cette maladie à ma manière. Quand j’ai su que j’étais guéri, ça m’a vraiment donné le déclic. Je me suis dis :  « Je suis sur des bases plus stables, j’ai peut-être plus la force de faire qu’avant ». Un déclic donc.

On s’est rencontré il y a un petit moment maintenant. Juste après la fin de ma chimio, quand on m’a dit que j’étais en rémission je suis venu à Paris pour entreprendre des études dans l’hôtellerie, et c’est là que j’ai rencontré Elsa qui travaille dans le domaine. J’ai fait une première année, ce n’était pas vraiment ce que je voulais faire, pas du tout même (rires) ! Donc voilà, on s’est rencontré à ce moment-là, elle m’accompagnait à tous ces check-up pendant ma rémission. Elle savait que j’avais envie de créer quelque chose là dedans.

Photo My Boobs Buddy

© Isabelle Ratane

WL : Pourquoi avoir choisi de s’engager autour du cancer du sein finalement ? 

Je ne voulais pas me dédouanner de créer quelque chose et puis reverser de l’argent sans pouvoir jouer un rôle concret, m’investir dans le domaine. Ça aurait été logique d’aller vers la maladie de Hodgkin, mais en fait c’est une maladie dans laquelle il n’y a pas beaucoup de prévention à faire, la seule prévention ça va être de dire : « ne pensez pas que vous êtes trop jeune pour avoir un cancer ». Après ça, c’est global, c’est ce qu’on fait avec My Boobs Buddy d’ailleurs. On s’est rendu compte, en parlant avec des jeunes femmes qui ont été atteintes d’un cancer du sein très jeunes, avec des gynécos et des médecins aussi, que finalement c’est le cancer le mieux traité, le mieux guéri, et pourtant le plus meurtrier : un paradoxe improbable. Et que c’était vraiment la communication qui manquait, surtout chez les femmes de moins de 50 ans. C’est bien organisé après, mais avant on n’en parle pas. Donc là, il y avait vraiment quelque chose à faire : parler de l’auto-palpation, c’est vraiment la méthode de prévention par excellence. Si vous sentez quelque-chose mais que ça fait 20 ans que c’est là, ça n’a pas bougé, ce n’est surêment pas grave. Mais une petite masse peut arriver aussi, ça peut être les hormones, ça peut être mille choses… mais il faut quand même avoir conscience que ce petit truc-là peut aussi être le début de quelque chose d’un peu moins drôle mais que si c’est pris à temps, il y a 90 % de chances que ça soit bien traité. C’est ce qu’on essaye de faire avec My Boobs Buddy, avec ces messages décalés : « I touch myself »  sur un t-shirt, c’est vrai que ça interpelle, on se demande pourquoi il y a cela d’écrit, et la personne qui le porte va pouvoir devenir un relai de notre message d’auto-palpation. C’était le premier but. Et le deuxième, c’était de pouvoir parler de l’auto-palpation dans des médias de masse, toute l’année. On en parle beaucoup pendant Octobre Rose, mais le cancer du sein existe aussi le reste de l’année ! Donc quand on a un papier dans ELLE ou  Cosmopolitan, qui parle des t-shirts, du côté décalé, c’est rigolo etc. mais en plus, on parle de l’auto-palpation et ça, c’est génial !

Logo My Boobs Buddy

WL : Et du coup, My Boobs Buddy, est-ce ça vient de My Com Buddy ? Pourquoi cette consonnance américaine ?

Thomas : Effectivement, ça vient de My Com Buddy. Aux Etats-Unis, ils ont tous une personne pour faire quelque chose, le « buddy ». J’ai trouvé ça très drôle d’avoir « le mec de la com », ce gars-là, le pote qui est spécialisé dans la com’. Et après avec My Boobs Buddy, ça prenait encore plus de sens : c’est le « pote de mes seins », ça marche bien !

Elsa : Thomas a toujours pensé un peu en anglais parce qu’il a fait des études en anglais, donc c’est venu naturellement.

Thomas : Oui, j’ai passé pas mal d’années en Afrique avant de revenir en France, de 12 à 18 ans. Donc j’ai fait des études en anglais et c’est venu comme ça. Ça sonne toujours mieux en anglais, on ne sait pas pourquoi (rires) !

WL : My Boobs Buddy a été lancé en septembre 2013, vous proposez à la fois des t-shirts, des sweats, des sacs, pour les femmes mais aussi pour les hommes, et nous avons appris que les hommes sont aussi touchés par le cancer du sein (1% des cancers du sein). Étiez-vous au courant avant de vous y intéresser ?

Thomas : Pas du tout. Je ne le savais absolument pas. Mais oui, les hommes sont aussi touchés car nous avons aussi des glandes mammaires, après c’est moins répandu que chez la femme.

WL : Et on n’en parle pas du tout…

Vraiment pas. En France surtout. Dans les pays ango-saxons, ils arrivent à faire de la communication autour de ça, au Canada, en Australie aussi… Ils arrivent à en parler avec humour, ce qui est très compliqué.

WL : À vos débuts, est-ce qu’on vous a pris au sérieux avec My Boobs Buddy ?

On ne nous a pas vraiment pris au sérieux, surtout que My Boobs Buddy ça a commencé par un projet photo. Au tout début, pour essayer de récolter des fonds, on cherchait un moyen un peu rigolo pour parler de l’auto-palpation. On a donc demandé à des femmes d’envoyer une photo de leur poitrine en se grimant selon un thème par mois. On a commencé en décembre, donc le thème c’était « Santa Boobs ». Elles envoyaient des photos, c’était marrant parce qu’elles ont vraiment joué le jeu avec des déguisements de dingues ! Et à chaque photo, on allait voir des entreprises qui nous donnaient un petit peu de sous pour reverser à l’association Keep a Breast. On avait reçu environ 200 photos le premier mois, ça a vraiment bien fonctionné. On était content de voir que ce type de communication interpellait, plaisait, elles n’avaient pas froid aux yeux mais c’était compliqué parce qu’on a été voir des associations qui nous ont dit : « Ecoutez, vous êtes là, vous vous marrez, il y a des gens qui ont le cancer, ils ne sont pas là pour se marrer ». Ben si. Parce qu’ils ont le cancer, ils n’ont plus le droit de se marrer ? Plus le droit de sourire ? C’est quelque chose qui a été très long à installer. Même nous on s’est mis des freins après avoir lancé My Boobs Buddy. Par exemple, on n’osait pas venir dans des instituts comme ici, à L’Embellie, parce qu’on se disait que ça n’allait pas être bien accueilli  par les femmes atteintes d’un cancer. Et c’est l’année dernière, en octobre justement, qu’on a travaillé avec l’association Skin, on a rencontré plein de femmes atteintes du cancer du sein qui elles nous ont dit : « Mais attendez, c’est bien ce que vous faites, pourquoi est-ce qu’on ne vous connaît pas ? ». Et c’est à partir de là qu’on est venu ici, qu’on a pris un peu plus confiance. C’était aussi un déclic, finalement on est légitimes et ces femmes vont acheter nos produits pour elles ou pour faire un cadeau à leurs filles. On est très contents aussi de voir que ça prend cette tournure-là.

WL : On parle de rires et de sourires, quels petits nom vous donnez aux seins des femmes ? C’est quoi votre meilleure trouvaille ?

Thomas : Je fais tellement de jeux de mots avec les seins toute la journée ! Moi le « Ni oui, ni chon » c’est un de mes préférés, ça m’a beaucoup fait rire !

Elsa : Moi le « Dis Camion »  parce qu’on a toutes entendu la blague vaseuse quand on était petite !

 

 

WL : Vous les travaillez ensemble ces petits slogans ?

Elsa : C’est essentiellement Thomas qui est dans la conception et la rédaction mais il me propose des phrases, on en discute, on rebondit sur certaines choses. Mais oui, à l’origine c’est quand même lui !

Thomas : C’est vrai que des fois on trouve des idées et on se dit « ça va trop loin ». La vraie limite sur My Boobs Buddy c’est le vulgaire. On ne veut pas rentrer dans le vulgaire. Ça peut être interpellant, ça peut taquiner, mais pas ça ne peut pas être vulgaire. Le « Ni oui, ni chon » par exemple, on s’est posé la question. C’est le terme « nichon » qui n’est pas le terme le plus classe… L’exemple parfait du « ne pas dépasser la vulgarité » , dont je suis très fier, c’est vraiment le « I touch myself », créé à l’occasion d’Octobre Rose 2015. On avait un peu peur de l’accueil mais on s’est dit que finalement ça restait très mignon et en même temps efficace. Beaucoup de femmes le portait, ça a été pas mal repris dans la presse et c’est l’un de nos best-sellers parce que c’est très représentatif.

My Boobs Buddy

© Isabelle Ratane

WL : Des projets pour le prochain Octobre Rose ?

Thomas : On essaye de mettre en place plusieurs choses. J’aimerais bien faire des collaborations avec des boutiques bio, comme la nôtre. Nous produisons des vêtements 100 % bio, l’encre aussi est bio, tout est issu du commerce équitable. Je voulais vraiment travailler des produits de qualité qui sont plus chers à l’achat mais qui sont très bons. Et puis on parle de cancer du sein, on sait que tout ça ça peut être aussi lié à des nouveaux produits, on parle beaucoup des perturbateurs endocriniens en ce moment… Concernant octobre, je sais que je vais relancer le t-shirt « I touch myself » en le redisignant un peu mais toujours en le mettant en avant. On espère vraiment faire des collaborations avec certaines boutiques et on va aussi travailler avec l’hôpital franco-britannique de Levallois et avec le Dr. Leduey qui y dirige le service oncologie. On l’a rencontré l’année dernière, il faisait un truc vraiment top, et là il va encore faire quelque chose de plus grand. On va essayer de créer un design de t-shirt spécialement pour eux, pour cette occasion qu’ils appellent la Semaine du Sein. On a plein de projets en tête, on essaye de développer ça.

Je suis à 100 % sur My Boobs Buddy, je pense boobs, je suis boobs, je respire boobs : il y a pire, c’est quand même un rêve (rires) !

WL : Comment s’est passée votre collaboration avec l’association Keep a Breast ?

Elle nous  a fait confiance depuis le début sur notre premier projet photo, c’est à eux qu’on reversait l’argent depuis le départ alors que les autres associations étaient un peu frileuses… C’est vrai qu’au début on est arrivé avec rien derrière nous, seulement notre projet, je comprends qu’ils aient pu être un peu refroidis par notre projet. Keep a Breast nous a fait confiance parce que eux parlaient aussi de l’auto-palpation, et il n’y a pas beaucoup d’associations qui en parlent vraiment dans leur communication. Je suis content parce que les associations sont plus ouvertes à nos propositions aujourd’hui, c’est plus concret pour eux et on rentre davantage dans le tissu associatif. On travaille beaucoup avec des jeunes femmes comme Lili Sohn qui a fait Tchao Günther et sa BD La guerre des têtons, avec Charlotte Husson de Mister-K-Fighting Kit, des associations comme Ma Bulle, Les Hirondelles… ça donne de la crédibilité à ce qu’on fait et j’en suis ravi parce que c’est vraiment ce qu’on attendait, de pouvoir être un peu reconnu aussi par ce milieu associatif.

En ce qui concerne Keep a Breast, après leur confiance du début, il était naturel de continuer avec eux avec My Boobs Buddy. C’est une association qui est toute petite, donc c’est toujours un peu compliqué d’activer les partenariats : ils sont à Bordeaux, on est à Paris, on fait comme on peut. Là, on voudrait essayer de trouver d’autres associations auxquelles on pourrait reverser un peu d’argent, 10% de notre marge. Par exemple, pour Octobre Rose, avec le Dr. Leduey on va reverser ces fameux 10% pour son projet : il va essayer de lever des fonds pour acheter une machine pour son service et on va l’aider sur ça.

WL : Parmi vos multiples projets, il y a la web-série Les Boobsettes. Parlez-nous de ce projet.

Oui, on l’a lancé aussi en octobre. C’était un peu compliqué mais on était très content d’avoir fait ça, surtout l’un des épisodes centré autour de l’auto-palpation. On a bien été relayé et diffusé durant la Semaine du Sein, avec un bon accueil. Après c’est très très compliqué de faire son trou sur le Web, dans le milieu de la web-série, surtout qu’on est arrivé avec aucun budget. On avait certes récolté 5 500 euros via Kiss Kiss Bank Bank mais les dépenses vont super vites, quand on se rend compte qu’on doit acheter les lumières et tout le matériel etc. On a encore des épisodes en boîte qu’on va essayer de lancer en octobre, même s’ils n’ont rien à voir avec le cancer du sein, c’est plus sur les femmes en général. On relancera donc ce projet vidéo avec une force de frappe un peu plus grosse que ce qu’on avait l’année dernière, justement parce que là, on a pas mal d’associations derrière nous, qu’on a rencontré ou encore Tchao Günther qui nous a beaucoup aidé sur ça. C’est un projet en famille : je suis le producteur, réalisateur, l’une des comédiennes était témoin à notre mariage, c’est quelque chose qu’on a travaillé en famille.

WL : D’autres idées de format autre que la vidéo ?

Oui, justement pour octobre cette année, j’aimerais réunir toutes ces personnes qui créent autour du cancer qui sont hyper jeunes. Il existe tout un réseau d’entrepreneuses, essentiellement des femmes, qui ont toutes moins de 30 ans et qui ont été touchées de près ou de loin par la maladie… J’ai rien de concret mais j’aimerais bien qu’on se retrouve tous, fédérer une petite communauté pour échanger nos idées, faire des collaborations. Pour Octobre Rose, j’aimerais aussi créer un projet photo autour de la maladie. On va essayer de se concentrer sur ça, surtout que c’est un peu mon métier, je m’occupe des photos de la marque, donc je pense que je pourrais faire quelque chose de plus qualitatif et qui prend un peu moins de temps que la vidéo.

WL : Dans quelques mois, ça va faire 3 ans que vous avez créé la marque. Vous en tirez quel bilan ?

Thomas : Le bilan est très positif grâce aux rencontres, aux témoignages, aux mails de femmes qui nous disent que ce qu’on fait c’est bien.

Elsa : Ce sont les retours qu’on a qui nous boostent surtout. On vend des t-shirts et des sweats donc en terme de concurrence c’est très dur mais ce sont vraiment les retours des femmes qui nous donnent envie de continuer.

Thomas : D’un point de vue business, on voit quand même une belle évolution de la marque. On est assez confiant vis à vis de l’avancée de My Boobs Buddy, de son développement. Après c’est comme n’importe quelle entreprise, il y a des hauts et des bas.

WL : Votre plus beau retour ?

Thomas : Ce n’est pas un retour en particulier, c’est plus, et ça arrive souvent, quand les jeunes femmes qui ont été atteintes d’un cancer nous disent : « J’en ai acheté un pour ma fille ». Je trouve ça génial, c’est exactement ce qu’il y avait écrit sur notre papier lorsqu’on s’est dit qu’on allait lancer ce projet. Il n’y a pas mieux. Elle a compris, elle va en parler à sa fille, qui va en parler à ses copines etc. Les plus beaux retours qu’on a c’est ça, quand le message passe.

Elsa : Je pense aussi à Hélène, qui nous avait envoyé un mail de son lit d’hôpital et qui nous disait à quel point elle avait ri en découvrant nos t-shirts sur internet : c’était sympa aussi !

Thomas : Oui, c’était une jeune femme de 25-26 ans qui nous avait dit que ça avait égayé sa journée et ça aussi c’était écrit sur le papier au départ. On est très content de voir que My Boobs Buddy aide.

WL : Des retours d’hommes ?

Thomas : Moins, mais c’est plus des retours sur les jeux de mots, mais toujours bienveillants. Certains hommes achètent pour leur femme. On pense au t-shirt « Paris Sein-Germain », on s’est dit que ça pouvait peut-être rameuter la gente masculine (rires) !

WL : Elsa, tu as fait des études littéraires, puis tu t’es tournée vers l’hôtellerie. Thomas, toi tu étais dans la publicité. Avez-vous suivi des formations pour vous lancer dans le management et le stylisme ?

Thomas : La communication, c’était mes études, mais le reste ça s’est fait de façon autodidacte, on apprend sur le tas et c’est ce qui a été le plus rocambolesque dans cette aventure entrepreneuriale. C’est apprendre un métier, parce que c’est un métier d’être entrepreneur, un travail qui regroupe tous les domaines quasiment. Il faut savoir designer son t-shirt, puis le vendre, il faut savoir répondre à la personne qui va l’acheter, parler à l’atelier qui s’occupe de la fabrication, s’occuper du site internet, faire les photos… Il faut savoir tout faire !

Avec My Boobs Buddy on apprend tous les jours, c’est absolument passionnant : il n’y a pas une journée où je me suis ennuyé, c’est une aventure magnifique !

WL : On parle des hommes, on parle des femmes, parlons un peu de féminisme. Qu’est-ce que c’est pour vous le féminisme ? Est-ce que vous vous sentez féministes ?

Thomas : Je me sens féministe dans le sens où je suis engagé dans la cause des femmes, mais ça me gêne aussi un peu parce que finalement ça me paraît logique de l’être. On m’a très souvent demandé, avant que je parle de ma maladie, du pourquoi, du comment : « Mais attends, Thomas, pourquoi est-ce que tu t’engages dans la lutte contre le cancer du sein, t’es un homme ! ». Ma réponse c’était : « Si je veux m’engager dans le Sida, je dois avoir le Sida, c’est ça ? ». C’était très bizarre comme question. Ma seule légitimité c’était de dire que j’avais été atteint d’un cancer etc., j’ai dû m’expliquer. Au début, je prenais ça personnellement mais après j’ai compris. C’est assez logique que j’explique mon histoire, je le fais de plus en plus aujourd’hui. Ça aide à comprendre ma démarche.

Je m’engage dans ce combat pour les femmes parce que c’est un combat noble qu’on peut remporter.

Après je ne pense pas que My Boobs Buddy soit une marque féministe, en tout cas pas que pour ça. Le but c’est vraiment de montrer qu’on peut être atteint d’un cancer même jeune, ça s’adresse aussi bien aux hommes qu’aux femmes et ça vaut pour n’importe quel cancer.

WL : Y-a-t-il des femmes, ou des hommes, qui vous inspirent, tous les deux, au quotidien ?

Thomas : Moi, ce sont ces femmes qui créent des petites associations qui demandent un temps et une énergie de dingues. C’est du bénévolat total et la plupart du temps ce sont des associations qui ont une petite durée de vie parce que justement c’est énormément d’investissement. L’association Ma Bulle, par exemple, qui donne des petits sachets à la Pitié-Salpêtrière, des petits pochons cousus mains qui sont remplis de choses qu’on a pu leur offrir.

Elsa : Leur but c’est de démarcher des entreprises pour faire tenir leur association justement…

Thomas : C’est beaucoup de boulot, elles font ça après leur travail, ça représente tous les soucis de l’entrepreunariat mais en tant que bénévole…

Elsa : C’est tout à leur honneur !

Thomas : Exactement, je les admire vraiment.

WL : Avez-vous des projets personnels ?

Thomas : Ce qui nous tient à coeur en ce moment c’est ce fameux réseau que l’on essaye de créer, de toutes ces femmes qui entreprennent autour du cancer. On essaye de faire grossir ce réseau…

Elsa : …et d’aider les entreprises à survivre, de mutualiser tout ça.

Thomas : Oui, tout à fait. Je tiens vraiment à réaliser ce projet, avoir des idées ensemble : c’est ça aussi l’objectif.

WL : Thomas, as-tu des conseils à donner aux personnes qui ont été malades comme toi et qui aimeraient tirer du positif de la maladie ?

Je ne peux pas donner de conseil mais de ma propre expérience, c’est vrai qu’on vit la maladie de manière très différente. On a rencontré l’année dernière Emeline qui a eu un cancer du sein et qui le décrivait comme une chance parce que ça lui a donné l’envie de faire ça ou ça. Après à côté, il y a des femmes qui vont entendre ça et qui diront : « Mais qu’est-ce que tu me racontes, moi on m’a retiré le sein » et pour qui ça peut être très violent.

Ce qui est très important c’est de ne pas s’avouer vaincu, jamais.

Moi, je me rappelle de ce qu’avait dit le docteur Brice qui me suivait à St Louis : il faut toujours partir gagnant, ça peut « merdouiller » à un moment donné mais on part gagnant. Et ça m’est resté. Si ça foire, ça foire. L’échec fait parti du succès donc que ça soit dans la maladie ou dans l’entreprise ou quoi que ce soit, il faut garder ça en tête.

La maladie a pu être un déclic « positif » pour moi dans le sens où j’aurais peut-être pas eu autant la niac de faire quelque chose si j’avais pas eu ce cancer. Après, encore une fois, peut-être que j’aurais préféré ne pas l’avoir. Mais je m’en sors très bien par rapport à d’autres, je m’en sors tout court (rires) ! Et oui, pour moi, ça ne peut être que positif, je relativise.

WL : Pour finir, est-ce que vous avez une petite citation qui vous tient à coeur, un message qui vous revient souvent en tête ?

Elsa : Oui, cette citation de Jean Cocteau : « Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi ». Je trouve ça très vrai dans notre contexte. C’est appréhender la différence d’une manière positive et je trouve que c’est très fort.

Thomas : Je suis tout à fait d’accord avec cette citation !

Propos recueillis par Got Dame Rights le 26 avril 2016 à la boutique L’Embellie à Paris.


« Le porter, c’est s’engager » : à Got Dame Rights, nous sommes fières de porter les créations de My Boobs Buddy !

My Boobs Buddy

À votre tour !

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