Masculin-FémininPortraits

Xavier Dolan : l’homme qui aimait les femmes

rédigé par Marie Ponchel 20 mars 2016 0 commentaire
Photo Xavier Dolan
Crédits photo : © Étienne Ljóni Poisson

Le petit prodige du cinéma québécois fête aujourd’hui ses 27 ans : l’occasion de revenir sur sa manière si singulière de filmer les femmes. En seulement cinq longs-métrages, Xavier Dolan a brossé des portraits de femmes tantôt hystériques, tantôt follement amoureuses, souvent paumées mais toujours inspirées. Extraits.

J’ai tué ma mère (2009) : si maman si

Qu’est-ce que tu ferais si je meurs aujourd’hui ?

Je mourrais demain.

Ecrit à l’âge de 16 ans et réalisé quatre ans plus tard, J’ai tué ma mère s’inspire d’une nouvelle que Xavier Dolan a écrite dans le passé, Le Matricide. Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, le film nous plonge dans la vie d’Hubert, un ado qui voit peu son père mais beaucoup trop sa mère Chantal, une comptable de mauvais goût qui gâche littéralement sa vie (« Je suis fait pour pas avoir de mère« ). Il faut dire qu’il le lui rend bien entre deux allers-retours au Pensionnat Notre-Dame-des-douleurs.

Réalisé avec très peu de moyens, le film repose sur le duo explosif Xavier Dolan/Anne Dorval. Cette dernière, tout en subissant les humiliations d’un fils qui n’aurait jamais voulu la voir naître au monde, rend hommage à toutes ces mères-courage monoparentales victimes des plaies de leurs enfants mais malgré tout présentes pour les panser. Le film est un cri, une crise, un crissement. Brut, cruel, à vif et sans filtre comme toujours chez Dolan. Y’a de la casse, des erreurs irréparables, des pardons au ralentis, des je t’aime électriques, des confessions en noir et blanc, des explosions en couleurs. Tabernacle, ça vous retourne l’estomac.

Les Amours imaginaires (2010) : pour un flirt avec toi

Il n’y a de vrai au monde que de déraisonner d’amour.  (Alfred De Musset)

Nommé au César du Meilleur Film étranger, Les Amours imaginaires met en lumière l’incompétence des hommes et des femmes à gérer le sentiment amoureux. Deux amis, Francis (Xavier Dolan) et Marie (Monia Chokri) vont s’éprendre d’un inconnu (Niels Schneider), un « belâtre particulièrement à l’aise« , un James Dean à la chevelure bouclée. Amant complice de Xavier Dolan dans J’ai tué ma mère, Niels devient ici l’objet de son désir, le béguin sans retour.

Il n’est pas seulement question d’homme ici. Xavier Dolan y filme de nouveau la femme comme une amie/ennemie, à la fois alliée puis obstacle à un amour conjugué au conditionnel. Quant à son amie Marie, elle s’apprête sur du Dalida et se voit sublimée par la caméra. Puis il retrouve Anne Dorval, qu’il déteste différemment ici puisqu’il l’envie, elle qui campe la mère du garçon qu’il désire. Finalement, Les Amours Imaginaires est un film qui parle d’amour sans jamais en parler, abordant davantage les émotions qui gravitent autour (l’attente, le désir, la tentation, la tendresse, la sexualité). L’homme devient une femme, une attraction qui attire les regards, soulève les désirs, emballe les coeurs et fait passer des nuits agitées.

Laurence Anyways (2012) : une femme avec une femme

Je t’aime tellement. Il faut que je t’aime comme je suis.

Fred (Suzanne Clément) est une femme au prénom d’homme. Laurent (Melvil Poupaud) est un homme qui a envie de devenir femme. Fred et Laurent s’aiment d’un amour passionnel. Film fleuve d’une intensité rare, Laurence Anyways est une vraie et belle déclaration d’amour aux femmes, plurielles et à la fois si singulières, burlesques à paillettes, aux cheveux longs ou à la crinière rouge. Si dans J’ai tué ma mère, l’ado que Xavier Dolan incarnait était toujours décrit comme « spécial » par sa mère, ici c’est la transformation soudaine de Laurent en Laurence qui devient si « spéciale ».

Laurence Anyways est une partition sur l’identité, la quête de la normalité, les préjugés sur la transexualité et le regard que la société porte sur les gens différents. Peu importe qui nous sommes tant que l’on s’est trouvé. Le changement profond des autres peut même influer sur l’entourage : preuve en est avec le personnage de Nathalie Baye, la mère de Laurence, qui évolue psychologiquement. Regardant son fils devenir fille, elle en devient une meilleure personne.  A la fin du film on se sent comme après avoir lu un long poème d’amour : touché en plein coeur et avec l’envie mordante de vivre.

Mommy (2014) : ode à la mère

Ça arrive pas dans la vie d’une mère qu’elle aime moins son fils. La seule chose qui va arriver, c’est que je vais t’aimer de plus en plus fort, et c’est toi qui vas m’aimer de moins en moins.

Diane (Anne Dorval), mère célibataire brute de décoffrage, vulgaire et légèrement too much élève seule son fils Steve (Antoine-Olivier Pilon), un ado TDAH violent et imprévisible. Leur relation est déraisonnable, malsaine et toujours à la limite du pire, mais ils s’aiment d’un amour inconditionnel. Tellement qu’ils s’étouffent l’un l’autre. Véritable ode à la mère et à son combat pour protéger son fils de la société, Mommy balaye tout sur son passage. Bombe à retardement, le film met le coeur en miettes.

Comme dans J’ai tué ma mère on est ici face à une mère-courage, capable du meilleur comme du pire, à la fois coupable et innocente, cruelle et défendable. Une autre femme va aider Steve à chasser ses démons en la personne de Kyla (Suzanne Clément), la voisine d’en face qui va lui donner des cours. Victime de bégaiement, elle l’apaise et devient une mère de substitution pour lui.

Vous devriez aussi aimer :

Laissez un commentaire